
Touché, mais pas coulé
« L’homme est un apprenti, la douleur est son maître. Et nul ne se connaît, tant qu’il n’a pas souffert « , a écrit Alfred de Musset .
Dans la douleur des épreuves qu’il vient de subir, dans sa chair et son âme, Kassory Fofana a appris sans doute à mieux se connaître et à cerner davantage les autres dans leur duplicité et versatilité, la condition humaine dans toute sa laideur, les trahisons et ignominies aussi.
Qu’à cela ne tienne !
» Quelque soit la longueur de la nuit, l’aube finira par se lever » : l’ancien premier ministre, est enfin arrivé à Paris, le samedi 19 septembre 2026, dans la journée, évacué dans un avion médical, affrété par le Général Mamadi Doumbouya, le même que beaucoup ont pensé lui veut du mal. C’est en avril 2022 que l’homme qui polarise, aujourd’hui, toutes les attentions et défraie la chronique a été conduit en prison. Un coup de théâtre, car personne n’avait imaginé pareil scénario funeste pour une personnalité qui a marqué de nombreuses années de vie publique et demeure encore une référence iconique pour plusieurs guinéens. Kassory Fofana a été admis par la suite à la clinique pasteur où une page de son histoire s’est écrite entre quatre murs dans l’isolement de la détention et la frustration de restrictions éprouvantes. La parenthèse épouvantable n’a pas fait perdre à l’homme qui n’a pas arrêté de clamer son innocence et de ruminer son dépit amoureux avec son pays , son honneur et sa dignité. D’ailleurs, condamné par contumace en première instance, sans avoir été entendu une seule fois, cloué au lit et atrocement souffrant, presqu’à l’article de la mort, il a été blanchi en appel, lorsque la justice a daigné l’entendre dans les locaux de la clinique où il était hospitalisé depuis des lustres. Les accusations portées contre lui se sont alors effondrées comme un château de cartes.
Durant près de cinq années, il semblait abandonné et ignoré de tous, un triste sort, réservé habituellement à ceux qui voient fondre sur eux la disgrâce et se retrouvent déchus de leurs fonctions et titres. Heureusement que les hommes n’ont jamais le dernier mot et que Dieu finit toujours par venir au secours des bonnes âmes et de ses meilleurs enfants. C’est ainsi qu’alors que beaucoup s’étaient résignés à accepter le fait accompli et avaient perdu espoir de le voir recouvrer la liberté, de sitôt, Kassory Fofana a enfin pu sortir du pays afin de bénéficier des soins sollicités pendant qu’il attendait d’être jugé et après avoir purgé la peine qui lui a été infligée à l’issue d’un procès auquel son état de santé précaire ne lui a permis de prendre part. Il a été donc condamné en son absence sans avoir eu l’occasion de se défendre des accusations portées contre lui et partant défendre sont intégrité et sa dignité bafouées.
Tout est bien qui finit bien : la justice a sauvé la face de l’Etat en évitant qu’il ne soit dit qu’un homme a croupi en prison pour rien en prononçant une peine rédemptrice, tandis que l’opinion, quant à elle, a considéré que l’ancien premier ministre paye le prix fort de son potentiel politique et son possible destin présidentiel. Et comme tout ce qui ne tue pas renforce, l’injustice que Kassory Fofana a subie lui a permis de se laver de tout soupçon et donc de se réhabiliter aux yeux d’une opinion longtemps maintenue dans le doute à propos de son honnêteté et de sa probité , jamais encore démenties. Un mal pour un bien , diront de nombreuses personnes , profondément croyantes, qui pronostiquent pour l’ancien premier ministre des lendemains meilleurs après ses récents déboires. A Paris où il séjourne, livré à lui-même, il a une première bataille à gagner, celle de recouvrer la santé perdue et de reprendre le cours normal de la vie. Animé d’une foi inébranlable et incapable de régler des comptes, il ne garde pas de rancune de son expérience malheureuse et porte dans son cœur avec plus de ferveur encore son pays et ses concitoyens. Il sait que l’homme d’Etat est appelé à dominer ses émotions et à privilégier, dans toutes les circonstances, la générosité pour donner le meilleur de lui-même et mettre en confiance les autres. Il doit s’oublier pour que l’on se souvienne toujours de lui.
Kassory a souffert pour la Guinée et estime qu’elle mérite tous les sacrifices, à commencer par le don de soi qui est à la fois une vocation naturelle chez lui et un choix, pleinement assumé. On n’ignore ce que l’avenir lui réserve mais il est déjà dans l’histoire de son pays , dans la mémoire et le cœur de ses compatriotes qui, pour la plupart, regrettent de lui avoir intenté un procès en sorcellerie en se fondant sur le jugement de ses détracteurs, en cédant aux préjugés, en relayant les clameurs publiques : l’œuvre du temps, l’impérium de Dieu !
Modiste sory BARRY
