
Le Port autonome de Conakry (PAC) connaît une chute historique dans le classement mondial des ports à conteneurs.
Selon l’édition 2025 de l’indice de performance des ports à conteneurs (IPPC), publiée conjointement par la Banque mondiale et S&P Global Market Intelligence, la plateforme portuaire guinéenne occupe désormais la 399ᵉ place sur 400 ports évalués dans le monde, devant seulement le port du Cap, en Afrique du Sud. À l’échelle du continent, Conakry se classe 53ᵉ sur 54 ports africains, illustrant une dégradation spectaculaire de ses performances.
L’IPPC 2024 est aujourd’hui considérée comme la principale référence internationale pour mesurer l’efficacité des ports à conteneurs. L’indice évalue principalement le temps d’escale des navires, en intégrant plusieurs paramètres essentiels : l’accès maritime, la disponibilité des quais, la productivité des opérations de manutention, les performances des terminaux et la coordination entre les différents acteurs de la chaîne logistique.
Une chute vertigineuse pour le port de Conakry
Le recul du port de Conakry est d’autant plus frappant qu’il figurait récemment parmi les plateformes les plus performantes d’Afrique de l’Ouest. En 2023, il occupait la 197è place mondiale, avant de glisser à la 235ᵉ position en 2024, ce qui lui permettait encore d’être classé premier port d’Afrique de l’Ouest et sixième en Afrique subsaharienne.
En l’espace d’une année, la situation s’est brutalement inversée. Le port guinéen perd 164 places pour se retrouver pratiquement au dernier rang mondial.
La congestion, principale cause de l’effondrement
Dans son rapport, la Banque mondiale identifie le port de Conakry comme l’un des exemples les plus marquants de détérioration des performances portuaires.
Selon l’institution, la plateforme guinéenne a subi une forte aggravation des délais de rotation des navires, conséquence directe d’une congestion devenue chronique.
Les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales ont eu des répercussions particulièrement importantes sur un port dont les capacités d’absorption demeurent limitées.
Le rapport souligne notamment que les temps de mouillage et d’attente des navires ont fortement augmenté, provoquant un ralentissement généralisé des opérations portuaires.
L’indicateur le plus préoccupant concerne l’utilisation des postes à quai. Alors qu’en 2024 les navires passaient environ 73 % de leur temps à quai, cette proportion est tombée à un peu plus de 37 % en 2025, traduisant un effondrement de la fluidité des opérations.
Pour la Banque mondiale, cette contre-performance reflète essentiellement les effets conjugués des perturbations internationales des lignes maritimes et de la congestion qui affecte durablement le port de Conakry.
À l’échelle internationale, le rapport note une légère dégradation de la performance globale des 400 ports étudiés, avec un allongement moyen des temps d’escale des navires par rapport à 2024.
Cette tendance cache toutefois d’importantes disparités régionales. Les ports situés dans les pays à revenu élevé et à revenu intermédiaire supérieur ont généralement maintenu de meilleures performances grâce à des infrastructures modernes, une mécanisation plus importante et une meilleure coordination des opérations.
Les ports d’Asie de l’Est et d’Asie du Sud dominent une nouvelle fois le classement mondial, tandis que plusieurs ports européens et nord-américains poursuivent leur redressement après les importantes congestions observées ces dernières années.
En Afrique subsaharienne, les infrastructures limitées, la forte dépendance aux importations et les contraintes de capacité continuent d’allonger les délais de traitement des navires.
La Banque mondiale rappelle également que les ports africains restent particulièrement exposés aux perturbations de la chaîne logistique mondiale, qu’elles soient liées aux crises géopolitiques, aux conséquences de la pandémie ou encore aux événements climatiques.
Tanger Med confirme son leadership africain
Le port marocain de Tanger Med demeure la référence du continent. Il se classe 6ᵉ au niveau mondial, conservant ainsi son statut de port africain le plus performant.
Au total, cinq ports d’Afrique du Nord figurent parmi les dix meilleures plateformes portuaires du continent.
Top 10 des ports africains les plus performants en 2025
1. Tanger Med (Maroc) – 6ᵉ mondial
2. Port-Saïd (Égypte) – 15ᵉ
3. Djibouti – 53ᵉ
4. Damiette (Égypte) – 105ᵉ
5. El Sokhna (Égypte) – 115ᵉ
6. Mogadiscio (Somalie) – 127ᵉ
7. Dakar (Sénégal) – 144ᵉ
8. El Dekheila (Égypte) – 179ᵉ
9. San Pedro (Côte d’Ivoire) – 211ᵉ
10. Malabo (Guinée équatoriale) – 222ᵉ
À l’opposé du classement, Conakry (399ᵉ) ne devance désormais que Le Cap (400ᵉ), illustrant l’ampleur des défis auxquels le principal port guinéen est confronté. Cette dégradation constitue un signal d’alerte pour les autorités portuaires et les décideurs, dans un contexte où la compétitivité logistique est devenue un levier essentiel du développement économique et de l’attractivité des investissements.
